« Mardi 15 juin :
Le réveil fut difficile, même si je redoutais que les élèves habitant un peu plus loin se lèvent plus tôt. Je voulais arriver un peu en avance pour pouvoir rester dans la cour avec Aka et les autres. Je me préparais donc en vitesse, enfilais mes baskets en avalant de quoi tenir jusqu'à midi : un bol de céréales.
Sur le chemin il faisait presque jour mais encore assez sombre. De toute façon de bonne heure il n'y avait jamais personne. Devant les portes il n'y avait qu'une fille aux cheveux roses et, à ce que je sache, ce n'était pas une amie. Elle se rapprochait doucement de moi en essayant d'être discrète, même si ce n'était pas du tout le cas. jusqu'à être presque collée à moi. Les portes s'ouvrirent et d'autres filles arrivèrent, faisant tomber le sac de la jeune fille au passage. Elles s'arrêtèrent pour se moquer d'elle. Interloquée par ce comportement, je m'emportais et ne manquais pas de reprocher à ces teignes leur comportement immature face a la jeune fille au cheveux roses. Aka arriva quelques minutes plus tard, étonnée que je sois déjà là, mais surtout, pensais-je, étonnée que je prenne la défense de la soi-disant persécutée. Elle me chuchota en souriant « Elle s'appelle Miu, tu devrais t'en rappeler. » Je fis alors le rapprochement, c'était une de celles qui m'avaient rendue visite. Je dis à Miu de nous rejoindre et elle se précipita dans les bras d'Aka. Elle était plus petite que nous mais c'était une fille super mignonne. J'aperçus une autre fille avec Nata qui, présumais-je, devait-être Yukô. Je ne l'aurais pas imaginée comme ça. Elle avait une chevelure magnifique. C'était une brune (encore une), mais avec les cheveux moins longs que ceux de Nata. Ils étaient bien entretenus et sa frange bien coupée était parfaite. Ses traits étaient très délicats mais on voyait dans ses yeux noirs qu'elle pouvait se montrer violente quand on la provoquait. J'aimais son regard. Elle avait des livres dans la main, on se doutait que ce n'étaient pas ses premiers et que ce n'étaient pas des romans faciles, du moins pour notre âge. Elle me fit un signe de la main et sauta sur Miu tout en s'écriant « NIAAA Kawaiii <3 » Je restais choquée (xD) , ne m'attendant pas du tout à ça. Aka explosa de rire et me soûla avec ma tronche toute la journée. Ce fut une belle journée d'étude. Miu avait eu beaucoup de succès, malgré son apparence timide et Nata et Aka étaient jalouses. Dès que Sasuke apparaissait, Nata disparaissait. Yukô était assez vulgaire quand j'y repense, mais elle essayait de travailler et de comprendre, pas comme Aka qui, elle, passait ses journées à chercher son prince charmant du jour et à baver dessus; la bave restait inévitable . Le professeur ne fit pas l'appel de la journée, ce qui me rassura un peu vis-à-vis de mon nom de famille. Mais bien sur, aussi dit... Et à la dernière heure, quelqu'un lui rappela de le faire. Arrivé à Uchiwa, il prononça Sasuke puis, Yumi. Je crus que mon nom de famille s'était rallongé de trois fois. Il y eu un silence, des chuchotements. Iruka-senseï me regarda en demandant plein d'insouciances : « Ah, vous êtes jumeaux ? » Sasuke répondit qu'on était cousins, en une phrase, suivie d'un nouveau silence. Les chuchotements reprirent, tous parlaient de moi. Aka ne dit rien pour me défendre, peut-être de peur de remuer le couteau. Ame et Nata faisaient comme si de rien n'était, discutant d'un livre. Yukô me regarda avec de grands yeux, ceux qu'on voit lorsqu'on assiste au plus grand cabaret du monde, quand les lions font des trucs légendaires. Je savais que maintenant, cette journée resterait gravée, côté bien ou mal, mais ils l'auraient appris, un jour ou l'autre...
Les yeux de Yukô et, d'ailleurs, d'une bonne partie de la classe, me hantèrent même bien après. Je ne voulait pas supporter tout ça jusqu'à la fin de mes études. Mais en même temps, si je ne faisait que bloquer sur un simple nom, qui d'ailleurs ne signifiait pas grand chose pour moi, je savais que j'en aurais pour bien plus longtemps. J'étais assise dans le local où on rangeait le matériel de sport et si on me trouvait j'aurais des ennuis. J'essuyais les larmes encore chaudes qui étaient sur mon visage, ayant encore mal au ventre à cause de mon stupide caractère. J'ouvris et, discrètement, je me faufilais jusque dans la cour. Je ne vis pas mes amies, je pensais alors qu'elles étaient aux toilettes et m'assis sur un banc. Le blondinet me vis, et couru jusqu'à moi. Il était mignon et, au moins, il me redonna le sourire. Ame arriva toute seule, l'air de chercher quelqu'un. Je lui fis un signe. Elle commença à me rejoindre quand elle découvrit mon camarade. Là, elle me dévisagea. Devenue toute rouge, elle ne voulait plus approcher. Ses larmes commencèrent à couler. Je me précipitais vers elle, mais les autres arrivèrent. Je compris que j'avais fait une erreur. Mais je n'avais rien fait à part discuter avec lui. J'espérais qu'elle ne m'en voudrai pas. Je la pris dans mes bras. Je crois qu'il n'y a pas que ça qui la fit pleurer car elle s'effondra par terre. On appela de l'aide.
« Elle n'est pas bien nourrie. Mange-t-elle bien ? »
Nous étions incapables de répondre, nous n'avions jamais fait attention. C'était notre amie, et nous étions incapables de parler d'elle. Le médecin demanda aux surveillants de veiller à ce qu'elle finisse chacun de ses repas. Il dit qu'il devrait faire quelques analyses puis il l'emmena dans une voiture rouge et blanche, dont la sonnerie faisait mal aux oreilles à se faire souffrir.
Effectivement, cette journée, je crois bien que personne ne l'oublieras.
Nous retournâmes en cours, cours de sciences. On étudiait le corps humain, l'appareil digestif. Miu, qui était dans ma classe et avait le même cours que moi, craqua et, d'une tristesse discrète, écrasa des larmes sur son cahier. J'étais trop loin pour la consoler et j'en aurais été incapable. Je suis incapable de faire quoi que ce soit pour les gens que j'aime. Même si ce n'était pas grave, cet accident me rappela tous les massacres de ma famille, où pendant ce temps, j'étais en train de m'amuser alors que ma famille, elle, était au Japon, en train de périr. Le professeur dicta, je dus écouter.
La journée se termina dans un cours de sport, crevant. Je n'aimais pas ce qu'on faisait, la gym. Je préférais les sports d'actions, ils me permettaient de me vider. Vider de tout, toutes mes blessures, de tout oublier, absolument tout, l'espace d'un instant.
Miu, elle, était agile et délicate dans ses mouvements. Le prof la félicita, ce qui lui fit oublier quelque peu ses peines.
Je rentrais chez moi. Je ne m'endormis pas. Pas tout de suite... »
.. . ..... .. ... .. . . .
.. . ..... .. ... .. . . .
!. . ..... .. ... .. . . .
© ---Yumii